Selon la Commission Européenne, «une université ouverte est une entreprise industrielle où les étudiants sont des clients et les cours vendus sur le marché de l’enseignement continu que régissent les lois de l’offre et de la demande.»

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Introduction

Fin juillet 1997, le ministère de l'éducation nationale (Claude Allègre) commande au conseiller d'Etat Jacques Attali, un rapport dont le but est de réformer l'enseignement supérieur de manière à ce que tout ce "dispositif (…) s'imprègne (…) de l'esprit d'innovation, de création, d'entreprise et d'initiative", afin de répondre aux "défis" tels que " l'intégration européenne croissante" ou "la mondialisation des échanges" que pose l'exigence de la " compétitivité économique".

Le rapport préconise :
·    la modification du cursus universitaire (diplômes en 3, 5 et 8 ans et disparition du Deug) afin de rapprocher universités et grandes écoles sans changer les dispositifs des grandes écoles ;
·    la mise en place d'un partenariat étroit entre universités et entreprises, entre autres par la participation financière de ces dernières aux formations universitaires;
·    la transformation des universités en centres d'expansion économique, c'est-à-dire en centre d'accueil des nouveaux entrepreneurs et en pôles d’excellence.
Le but : suivre les directives de l’OMC pour créer un marché de l’enseignement.
L’agence Edufrance est chargée de représenter ce marché à l’étranger ; elle organise des forums de présentation des outils pédagogiques (manuels, logiciels...).

1) Les mesures :

La licence professionnelle : elle est déjà mise en place. C'est une filière hyperspécialisée destinée à répondre aux demandes de formation et aux besoins ponctuels de main d'œuvre des entreprises privées et publiques de la région qui participent aux financements de ces formations. Une LUP s'obtient en 3 ans, la dernière année visant plus spécifiquement la professionnalisation de l'étudiant par l'obligation d'effectuer un stage de 12 à 16 semaines en entreprise (stage qui n'a aucune obligation d'être rémunéré : ce qui veut dire une main d'œuvre bon marché pour les entreprises).
Cette mise en place va de pair avec une refonte des diplômes en 3, 5, et 8 ans ou encore L,M,D, Licence, Master, Doctorat, (mise en place au gré des présisents d’université) avec suppression progressive du DEUG, et par conséquent des filières courtes.
Les incubateurs d’entreprises : Selon Attali, dans son rapport : «une véritable culture technologique devra imprégner l’ensemble de l’enseignement supérieur. Dans toutes ces disciplines, une culture entrepreneuriale devra être développée et encouragée dés le lycée. Un lien plus étroit devra être assuré entre les programmes et les besoins à long terme de la société.»
Ou encore : «les universités devront contribuer à la création d’entreprises et à leur développement. Pour cela, elles devront valoriser leur recherche, prendre des brevets, organiser des entreprises en leur sein.»
Les «fonds d’amorçage» de l’Etat (financements) permettent aux jeunes entrepreneurs pouvant être professeurs ou étudiants de créer leur propre entreprise sur les campus universitaires.
Les Pôles d’excellence : facultés prestigieuses et reconnues. Le but est d’inciter à la concurrence entre les universités sachant que les différences de richesses et de politiques entre les régions se répercuteront sur les universités. Il s’agit de «rendre compétitives les universités» selon Attali.
ECTS : système européen de crédits, ou diplôme à points. Decret du 8 avril 2002 : «article 2 : l’application nationale aux études supérieures et aux diplômes nationaux de la construction de l’Espace européen de l’enseignement supérieur se caractérise par : 1) la mise en oeuvre du système européen d’unité d’enseignement capitalisables et transférables, dit ECTS ; 2) la délivrance d’une annexe descriptive aux diplômes dite «supplément au diplôme» afin d’assurer, dans le cadre de la mobilité internationale, la lisibilité des connaissances et aptitudes acquises.». C’est la fin du cadre national des diplômes puisque chaque diplôme aura son intitulé selon les options choisies par l’étudiant et le lieu d’obtention.
Le but est d’aligner le fonctionnement des diplômes français avec ceux de l’Europe soit-disant pour faciliter la mobilité des étudiants. Le problème est le manque de moyens pour faciliter cette mobilité :  les bourses sont en nombre insuffisant.
Au niveau de la notation, ce sont des jurys qui détermineront les points à donner : selon les cours auxquels l’étudiant à participé, selon son temps passé en bibliothèque universitaire, etc... mais aussi  selon ses expériences extra universitaires ( participation à la vie universitaire...). Comment ne pas craindre un manque de neutralité de ses jurys ?
Il y a une inégalité qui se pose par rapport aux étudiants salariés : ces derniers n’ont pas de temps par exemple pour faire valoir une présence assidue en BU.

2) Les conséquences :

Une université de plus en plus sélective : supprimer les cursus courts à l'université renforce la sélection des étudiants du fait de l'augmentation de la durée d'obtention du diplôme et donc de la quantité de travail. Obligation à donner aux études un but exclusivement professionnel et à s'y tenir.
Elimination de filières non rentables : à terme, il ne sera plus possible d'étudier par simple désir de savoir ou par intérêt pour un domaine: pour preuve, des filières comme la philosophie, l'histoire de l'art ou certaines filières de langues (moins usités que l'Anglais ou l'Espagnol) étant considérées comme non rentables sont petit à petit supprimées des cursus universitaires (pour exemple notamment, les sections de Chinois, Polonais et Tchèque de l'université de Montpellier ont été fermées et le Deug de philosophie a été supprimé).
Augmentation des frais d'inscription : harmonisation européenne (voir les frais d’inscription dans les universités anglaises par exemple) et alignement sur les grandes écoles oblige. Le 7 octobre, la Conférence des Présidents d’université indiquait qu’il «faudra envisager une participation accrue des étudiants au financement de leur université.»
Remise en cause de l'égalité des diplômes à l'échelle nationale, puisque chaque université pourra avoir ses propres intitulés de diplômes : ce sont des diplômes à la carte. Et puis un même diplôme passé dans une petite université et dans un pôle d’excellence n’aura pas la même valeur.
Gestion des universités par les entreprises : «une culture entrepreneuriale devra être encouragée dés le lycée» selon Attali. Des représentants des entreprises de la région siégeront dans les Conseils d’Administration, et pourront décider, puisqu’ils financent quelle filière est maintenue, quelle autre ne l’est pas.
Mise à bas du fonctionnement en Conseils d’Administration issu de la loi Savary : le président est désormais élu par des représentants des activités scientifiques et économiques et «la part du budget sur lequel il exercera un réel contrôle sera accrue sous le contrôle a posteriori des organes de l’université.» Attali. Ce qui veut dire que l’on renforce le contrôle des représentants d’intérêts privés, sans consulter le CA.
Adaptation du contenu des enseignements à la logique privée (stages diplômants). Diplômes spécialisé, ponctuels et non valables nationalement : il faut refaire toujours des stages de remise à niveau.
«Le système universitaire ne pourra se développer que dans une relation étroite avec les entreprises innovantes.» Attali.
Ou encore : «les universités pourront abriter des entreprises naissantes, dont elles pourront prendre, si elles le souhaitent, une part du capital. Elles mettront en place à cette fin des fonds de capital-risque qui aideront au développement d’activités économiques nouvelles»
Ou encore : «l’université et le monde de l’entreprise devront mettre en place un dispositif d’intelligence économique qui constituera un formidable champ de coopération entre eux»

Sur les enseignants chercheurs :
«Le statut des enseignants chercheurs devra être amendé pour leur permettre plus de mobilité et en particulier de participer à la création d’entreprises innovantes fondées sur le résultat de leurs recherches, sans nécessairement devoir abandonner définitivement leur statut de fonctionnaire»
Apprentissage de la gestion d’entreprise : quel temps reste-t-il pour leurs recherches ? De plus, ces dernières seront orientées dans le sens de la rentabilité économique : quel devenir de la recherche fondamentale ?
Les recherches ne se font et sont reconnues que si elles sont commercialisables : «il faut donner une prime aux chercheurs et enseignants bâtissant un projet sérieux de mobilité dans l’industrie.»
Les enseignants chercheurs devront être mobiles : «aucun enseignant ne devra remplir trop longuement la même fonction. La mobilité géographique des enseignants étant la règle, elle devra pouvoir être associée à une mobilité fonctionnelle. Tout enseignant devra, sans perdre son statut, pouvoir changer de poste au bout de quelques années pour occuper d’autres fonctions, toujours à l’intérieur du service public : enseigner, se former, chercher ou gérer».
L’évaluation des enseignants-chercheurs doit prendre en compte de nouveaux critères : ainsi, ce sont d’autres critères que l’excellence scientifique, donc que la qualité de leur enseignement qui seront pris en compte. L’évaluation portera sur «la mobilité, la qualité des relations avec les entreprises, la consultance...» (rapport Guillaume).

Sur les facultés de sport (STAPS) : le 13 septembre 2001, J.Lang commande un rapport sur la professionnalisation des études en STAPS à Jean Camy, professeur à l’université de Lyon, en vue d’ «éclairer, en amont, de manière prospective, sur les différents besoins présents et à venir des professionnels et sur les qualifications correspondant à ces besoins.../... et de créer des synergies entre les formations relevant du Ministère de la Jeunesse et des Sport et le milieu professionnel.»
L’ANE STAPS à affirmé voir les efforts de mise en place de diplômes professionnalisants se poursuivre et se généraliser. Les diplômes «seront orientés en fonction des besoins des différents secteurs d’application.» Pour ce faire, a été mise en place la commission «emploi, sports, loisirs, animation» en décembre 2001, qui le 25 janvier 2002 a fait un premier appel d’offre pour les formations professionnelles. De même un réseau universitaire de la forme (RUF) a été crée pour installer un dispositif national de formations en alternance correspondant au secteur de la mise en forme. Il associe les professionnels et les universités. La recherche au niveau des sports-études est faite «au service des demandes des professionnels».
Pour une info complète voir le rapport sur la mission «professionnalisation des études en STAPS» par Jean Camy, datant du 25 mars 2002.

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